Article rédigé par Antoine Bussier, moniteur de vélo et responsable de la boutique NATURAVÉLO Grenoble.

 

Les déplacements domicile-travail font partie intégrante de ma journée et déterminent comment elle va commencer, et comment elle va se terminer

Dans ces lignes, je vais essayer de dresser le portrait de l’épanouissement au quotidien, à travers les trajets domicile-travail.

Le but de cet article n’est pas de conclure à choisir un mode de déplacement définitivement, bien au contraire.

L’idée est de faire le constat, à un instant T, des possibilités qui s’offrent à nous pour trouver le meilleur rapport : confort / coût / temps

1) Confrontations des modes de déplacements

Nous allons commencer par quelques comparaisons sur un trajet de 30km, de Voiron à Grenoble. Ce trajet comporte 3/4 de parties extra-urbaines et 1/4 de ville.

Calcul du coût par mode de déplacement :

Ce tableau, qui comporte 12 modes de déplacement différents (et complémentaires) les classent en fonction des 4 notes qui entrent en jeu :

  • Régularité (le temps de trajet est-il toujours le même ; ou est-ce variable ?) : facteur de stress
  • Coût (au kilomètre + fixe)
  • Influence de la météo sur ce mode de déplacement
  • Temps de trajet.

Ce classement, qui est strictement personnel, me permet de conclure, sur le papier, que le meilleur compromis est le train + vélo.

On pourra noter que cette première place ne prend pas en compte un abonnement, remboursable à hauteur de 50% par l’employeur¹, ce qui pourrait diviser environ par 3 le tarif (!) : 49.5€ l’abonnement mensuel pour un Grenoble <=> Voiron, soit 25€ après participation employeur, soit 60 centimes par trajet (à raison de 20 jours par mois), et donc donner à ce moyen de déplacement une sacrée longueur d’avance sur le reste du classement.

Étonnement, il y a un lien quasi direct entre la “performance” (note finale) et le temps de trajet : plus la note est forte, plus le temps de trajet est court. Exception faite pour la voiture par autoroute qui a un temps de trajet court, mais une note moyenne.

plus la note est bonne, plus le temps de trajet est court

De l’autre côté, le paramètre de la régularité est directement en lien avec la note finale. Comme si ce paramètre était étroitement lié avec l’épanouissement… Qui sait, être sûr d’arriver à l’heure au boulot pourrait libérer l’esprit d’une (sacrée) charge mentale !

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2) Intermodalité et agilité au quotidien

Et si le vrai bonheur, c’était de mixer ces modes de transport ? Et si s’épanouir avant et après le travail, c’était choisir le mode de déplacement de circonstance ? Hier il faisait beau et chaud, j’étais à vélo. Aujourd’hui, j’ai du matériel à déplacer, je suis en voiture. Demain il pleut, je serai en train… Et la semaine prochaine que sais-je ?

Alors vous me direz, oui, mais dans ce cas, il faut : une voiture, un vélo, une trottinette, un vélo électrique… Je ne pense pas qu’il faille conjuguer TOUS les modes de déplacement. Juste ceux qui paraissent les plus confortables, pratiques ou rapides. Donc avoir le choix de prendre un vélo, une trottinette et un train permet déjà de laisser la porte ouverte aux possibilités !

il est important de tirer le meilleur parti de chaque mode, en fonction du contexte !

Chaque mode de déplacement a ses avantages et inconvénients, et il est important de tirer le meilleur parti de chaque mode, en fonction du contexte.

Jusqu’à 2h20 pour faire 30km…

3) Alors je fais quoi et quand ?

Laissez-vous surprendre par une nouvelle vision du partage ! Demain, vous prenez votre voiture pour transporter du matériel, alors inscrivez votre trajet sur une plateforme de covoiturage (locale et/ou nationale). A l’inverse, vous n’avez pas de voiture, mais vous avez besoin de déplacer du matériel (pour beaucoup, cela ne représente que quelques trajets par mois…), alors choisissez l’autopartage.

Vous souhaitez tester la possibilité de conjuguer vélo + train quand il fait beau ? Laissez vous tenter pour quelques euros et changer vos habitudes.

Pour vous donner une idée, le site Métromobilité vous permet de comparer votre trajet actuel à la multitude de possibilités qui s’offrent à vous.

Gardez en tête que le plus dur est de changer ses habitudes, et que le report modal est l’affaire de plusieurs mois, voire années de réflexion… Le train-train du quotidien a parfois un côté rassurant que nous ne voulons pas changer.

Le vélo n’est pas toujours le meilleur moyen de déplacement !

4) Pourquoi et comment ?

La loi sur la transition énergétique rend obligatoire les PDE (plans de déplacement d’entreprise) pour les entreprises de plus de 100 salariés (au 1er janvier 2018 !), mais rien n’empêche votre petite/moyenne entreprise de mettre en place des initiatives, et d’établir par exemple l’indemnité kilométrique vélo².

Les chiffres du CEREMA³ montrent que “la mise en place de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) se traduit par une augmentation d’environ 25% du nombre d’agents utilisant quotidiennement ou quasi quotidiennement le vélo pour se rendre au travail. Cette augmentation atteint 50% chez les agents qui sollicitent l’attribution d’une indemnité kilométrique vélo dans le cadre de déplacements intermodaux, c’est-à-dire les usagers dont le trajet domicile travail s’effectue en utilisant plusieurs modes de transport successifs. Par ailleurs, les résultats sont intéressants en termes de report modal : plus de 60% des bénéficiaires initialement non cyclistes utilisaient auparavant la voiture individuelle.”

De nombreuses études montrent qu’il y a un lien entre le bien-être et les déplacements domicile-travail. En ce qui me concerne, j’en ai retenu deux. La première, qui met en lumière le fait que nous passons de plus en plus de temps dans les transports. Et la seconde, qui montre que les effets sont négatifs au-delà d’une certaine durée :

Étude sur le temps de déplacement grandissant : Anh Van Lu, Flora Vuillier-Devillers, Insee (https://www.insee.fr/fr/statistiques/2019656)

Étude sur l’impact du temps de trajet sur le bien-être et la productivité (https://www.vitality.co.uk/media/long-commutes-costing-a-weeks-worth-of-productivity)

La quête serait alors double :

  • Passer moins de temps dans les trajets
  • Pouvoir s’évader au maximum pendant ceux-ci (lecture dans les transports en commun, prendre l’air à vélo, etc.)

Mais le vélo reste un outil super adaptable pour se plier à toutes vos envies !

5) Alors quels sont les leviers pour les employeurs pour booster le report modal ?

Je retiendrai personnellement quatre pistes qui me paraissent essentielles pour sortir de “l’auto-solo” et surtout de cette routine mauvaise pour le bien-être et la planète :

  • Développer du conseil en mobilité, personnalisé pour chacun (Agence Mon Univert)
  • Encourager l’utilisation des transports en commun (financement de tickets de bus/tram pour faire découvrir aux “auto-solistes”, prise en charge à 60, 70 ou 80% des abonnements…)
  • Développer l’accès au vélo (prise en charge IKV, chèque annuel pour entretien, parking vélo sécurisé, mise à disposition d’un parc de vélos et V.A.E …)
  • Inciter au covoiturage par une communication en interne des solutions existantes (covoiturage interne à l’entreprise, au PD(I)E, covoiturage local/départemental/national…)

Je ne retiendrai pas par exemple l’aménagement des horaires de travail qui ne favorisent pas le report modal, bien au contraire.

6) Mon bilan personnel

Pour moi la solution, pour bien commencer et finir sa journée de travail est de changer de mode de déplacement plusieurs fois par mois. La plurimodalité (utiliser plusieurs moyens de déplacement au global), est le complément ultime de l’intermodalité (utiliser plusieurs moyens de déplacements par trajet) !

Les déplacement passifs laissent peu à peu place aux mobilités actives, et utiliser son vélo, ses rollers ou ses baskets devient un plaisir avec l’aménagement urbain moderne, qui prend en compte le partage des axes : cédez-le-passage-cycliste-au-feu, généralisation du 30km/h, zone de rencontre, double sens cyclable. Les évolutions en matière de droit de ces 10 dernières années marquent une volonté des pouvoirs publics de fluidifier le trafic. Les citoyens ont-ils les moyens de faire évoluer les politiques en matière de déplacement, et surtout, en ont-ils envie ? En tous cas, l’état d’esprit des français a bien évolué, et j’espère que ça n’est pas prêt de s’arrêter.

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